RUFFEC: LES DÉFENSEURS DE L'HÔPITAL REMOBILISENT

«Soutiens en urgence» plus que jamais mobilisée pour l'hôpital . L'association dénonce le «harcèlement» de l'ARH. Elle lance une campagne.

Les défenseurs d'une chirurgie permanente à Ruffec viennent de gagner en justice, et pour la seconde fois, le service dans le collimateur de l'Agence régionale d'hospitalisation (ARH) a pu rouvrir ses portes. Mais ce yo-yo pèse lourdement sur les épaules du personnel: «Certains nous disent: le combat est juste mais on n'en peut plus. Vous ne pouvez pas imaginer la pression que l'on subit, c'est indescriptible. Comment gérer du personnel dans de telles conditions?», confie Edith Pot, salariée de l'hôpital et déléguée CGT, lors d'une conférence de presse organisée hier après-midi par «Soutiens en urgence à l'hôpital du bassin de Ruffec».

L'association présidée par Gaétan Raynaud était entourée des maires de Ruffec et de Civray et de représentants du personnel. Objectif: démontrer une nouvelle fois qu'un service de chirurgie 24 heures sur 24 est indispensable «alors que l'hôpital le plus proche est à 50 kilomètres».

«Tous les moyens sont bons»

Malgré le conflit ouvert avec l'ARH, l'association n'a pas l'intention de baisser les bras. «Tous les moyens sont bons pour arriver à la fermeture de la chirurgie, quitte à mettre en danger autrui. Il faut saluer le personnel qui a accepté une organisation d'attente pour maintenir les équipes. On sait bien que dans d'autres hôpitaux, des services n'ont pas pu rouvrir car des salariés, lassés, ont fini par partir», affirme Gaétan Raynaud.

Malgré les secousses liées aux deux fermetures imposées depuis juillet par l'ARH, suivies de deux réouvertures gagnées en justice, l'association veut tenir bon, consciente que l'incertitude finit par démobiliser. Elle s'apprête à lancer une campagne d'information «exacte et complète» vers la population et veut rencontrer les candidats aux régionales: «Ce n'est pas simplement l'hôpital de Ruffec, mais celui d'un bassin de vie de 60.000 habitants, il faut que les élus intègrent cette donnée», poursuit Gaétan Raynaud.

A ses côtés, le maire de Civray, Jean-Bernard Brunet, et Nadine Bonneau, son adjointe, acquiescent: «Le pays civraisien a lui aussi besoin de cet équipement de proximité. S'il disparaît, on aura des morts sur la conscience», témoignent ces élus du Sud-Vienne. «L'an passé, nos pompiers ont transporté 97 personnes à Ruffec, et ceux de Charroux presque autant.»

Hier, les exemples ont fusé de cas de patients qui n'auraient pas survécu s'ils avaient été transportés à Angoulême ou Poitiers: «Il y a de nombreux cas où l'intervention chirurgicale en urgence est vitale. On ne se bat pas pour la gloriole, mais pour nos concitoyens», répète Bernard Charbonneau, le président du conseil d'administration, dénonçant «l'acharnement de l'ARH, qui finit par jeter le doute dans la tête des usagers». «La chirurgie ferme, puis ouvre, puis ferme. ça entraîne une baisse de la fréquentation, c'est le but, assure le maire de Ruffec. La justice elle-même a pris conscience de ce harcèlement en condamnant l'ARH à un dédommagement pour préjudice le 11 février.»

Edith Pot, sans cacher son «indignation», mise sur la campagne qui va démarrer auprès des habitants pour rebondir: «Nous n'avons qu'un chirurgien titulaire, certes, mais de nombreux autres chirurgiens interviennent à Ruffec. Notre hôpital à dimension humaine respecte toutes les normes de sécurité, avec un plateau technique performant. Toucher au bloc aurait des conséquences nombreuses. Un hôpital isolé à plus d'une heure de toute autre offre de soin est un tout indissociable.»