Association pour le Maintien de la Maternité de Lannemezan

 

Compte rendu du rendez-vous avec la DDASS des Hautes-Pyrénées

vendredi 10 mars 2006

 

Etaient présentes : -pour la DDASS : Mme Laffont, directrice DDASS

Mme Lapalisse, médecin inspecteur DDASS

-pour l’association : Mmes Marie-Claire Thuron

Martine Hugand

Agathe Roy

En préambule, nous demandons à Mme Laffont de nous informer sur les orientations du SROSS 2005-2010, ce qui est le but de ce rendez-vous.

Elle met en avant (une fois de plus) la notion de " sécurité " en se posant la question du respect de ce critère sur le site de Lannemezan.

Pour elle, les règles impératives à la poursuite d’une activité dans un CH, sont la sécurité et la qualité des soins…

Elle dit clairement que ces règles ne sont pas suffisamment existantes à la maternité ou ne le seront bientôt plus (manque de spécialistes notamment) d’où la " nécessité de transformer l’activité en procédant par " phasage "(sic) " ! En langage clair cela correspond à la fermeture de la maternité d’ici 5 ans, et à sa transformation en Centre de Périnatalité de Proximité (CPP) où les accouchements seront proscrits. Mme Lapalisse insiste beaucoup sur le projet d'aide aux futures mamans en situation de précarité, qui consisterait à aller à domicile et à développer largement l'entretien du 4ème mois. Le plus important est pour elle la prévention par le dépistage social renforcé…Nous lui faisons remarquer à plusieurs reprises que leur projet de transformer ainsi la maternité en "pré et post-partum" dans le cadre de ces grandes idées, un vide sanitaire évident et fort dommageable demeurerait puisque la phase capitale de l'accouchement y serait supprimée ! Où serait donc le bénéfice de cette soi-disant démarche de prévention sociale ? Un maillon manquerait cruellement. La grossesse, la naissance puis le post-partum forment bien une entité dont les composants sont indissociables.

Nous démentons les propos de Mme Laffont sur son argument fallacieux de remettre en cause la notion de sécurité à la maternité de lannemezan, en rappelant qu’il y a actuellement 2 gynécologues-obstétriciens et que la sécurité et la qualité des soins sont bien présentes à la maternité ( de part le personnel compétent et le matériel technique performant).

Nous développons ensuite cette notion de " sécurité " bien assurée à Lannemezan, en donnant des exemples d’urgences obstétricales où la présence de la maternité a évité de graves accidents à certaines patientes et leur bébé. Par ailleurs, nous les informons que la maternité accueille aussi régulièrement des patientes qui n'ont pas le temps d'arriver à Tarbes où elles voulaient initialement accoucher et qui ont été enchantées d'avoir pu s'y arrêter et éviter ainsi une naissance dans des conditions d'insécurité pour elles et leur enfant.

Pour nous association d’usagers et de professionnels de la santé, la sécurité est avant tout liée à la proximité d’un service public médical performant garant de rapidité d’intervention mais aussi d’égalité d’accès aux soins pour la population de nos campagnes et montagnes.

Nous interrogeons donc nos interlocutrices sur la notion d’exception géographique, qui permettait à la maternité de fonctionner, bien que n’atteignant pas le seuil des 300 accouchements par an (à noter que du seuil des 300 nous passons à 500 soi- disant nécessaires pour garantir la performance des équipes !! Qui définit ces critères arbitraires ? Mystère). Que va-t-il donc en être de cette notion d'exception géographique dans la décision finale du SROS ?

Mme Lapalisse nous donne le nombre d’accouchements de la maternité pour 2003, 2004 en insistant sur leur baisse. Elle omet 2005 qui montre un accroissement du nombre des naissances (248), ce que nous lui rappelons…Mme Laffont souligne alors que l'augmentation du nombre des accouchements n'a pas de valeur démonstrative en soi…

De plus, Mme Lapalisse avance un taux de " fuite " important. D’après elle, 50% des femmes devant accoucher à Lannemezan ne le font pas. Pour elle, l’évolution sociologique fait que les femmes n’hésitent pas à se déplacer pour choisir leur équipe médicale, ce qui expliquerait ces fuites vers Tarbes et Saint Gaudens (doit-on comprendre entre les lignes que le service rendu à Lannemezan n’est pas de qualité ??). La distance n'a pour elles aucune signification puisque de nos jours, les moyens actuels de communication permettent un bon accès à Tarbes. Nous lui rappelons que cela ne peut s'appliquer aux populations des régions montagneuses et des vallées et que seul le temps à parcourir est à considérer (non pas la distance géographique).

Nous répondons à cet argument sans réel fondement (de quelle étude provient ce chiffre avancé ??) que tout est dans la façon d’appréhender ces données. En effet, de nombreuses femmes choisissent AUSSI délibérément la maternité de Lannemezan d’une part, et d’autre part, si l’exception géographique a été décidée à une époque, c’est bel et bien parce que la présence du CMC était une nécessité liée au contexte géographique de notre département (région montagneuse, fonds de vallées enclavés) et qui garantissait la sécurité de sa population et de ses touristes en cas de besoin.

Réponse claire de Mme Laffont en fin d'entretien : la notion d’exception géographique ne sera plus prise en compte dans le nouveau SROSS, ni pour la maternité, ni pour la chirurgie d’ailleurs qui va subir le même sort que la maternité à moyen terme.

Pour les représentantes de la DDASS, la " transformation " de la maternité n’est pas le fruit d’une vision comptable des actes médicaux (elles se contredisent puisqu’elles comptent bien le nombre d’accouchements, et le taux de remplissage  des services de maternité, mais aussi de chirurgie en les comparant avec le service de médecine : ce dernier étant très " performant " avec un taux d'occupation de 95%), mais elle est liée à une volonté d’anticiper " en douceur " (re-sic !) les problèmes de fonctionnement liés à la pénurie de médecins spécialistes (moyenne d’âge élevée des praticiens, pas de relève…). Pour elle, les médecins ne sont par ailleurs pas intéressés de venir exercer dans une petite structure. Ils veulent de grands hôpitaux où ils peuvent bénéficier d'une équipe suffisamment étoffée pour avoir des repos "comme tout le monde".

Là aussi, nous nous insurgeons en donnant notre vision de l’anticipation : ne serait-ce pas plutôt en formant un nombre conséquent de médecins (ce qui aurait déjà dû être fait…) d’ici 10 ans que l’on pourrait résoudre en partie le problème ? Nous rajoutons que la pénurie de médecins est tout compte fait toute relative car l'on sait aussi que des régions plus attractives (du sud surtout) concentrent une forte population de médecins de toutes spécialités. N'y a-t-il pas surtout un problème de répartition médicale déséquilibrée ?

D'autre part, nous les informons aussi que le gynécologue-obstétricien remplaçant habituel à la maternité de Lannemezan, a voulu il y a quelque temps postuler sur Lannemezan (petite structure pourtant…), mais qu'administrativement il lui a été fait blocage. C'est un médecin compétent ayant de surcroît la spécialité de chirurgie. Alors, pourquoi cette barrière sachant qu'il y a "pénurie" de Médecins ??..

Mme Laffont déclare aussi que par ailleurs, les contribuables ne sont pas prêts à voir encore leurs impôts augmenter (encore un argument financier, alors que nous avions entendu qu'il n'y avait aucun mobile de maîtrise comptable…). A cela nous répondons que la population n'est pas ou mal informée de la politique actuelle de santé et que c'est malhonnête. Cette population, si elle était informée des graves décisions qui allaient être prises à son insu contre un égal accès aux soins pour tous, accepterait peut-être de payer un peu plus d'impôts !

De plus, n’est-il pas possible de trouver des solutions au sein de l’Europe, facilitant l’installation de spécialistes de l’UE afin de pallier le manque de praticiens ?

Pas de réponses à ces questions…

C’est bel et bien de choix politiques (au sens noble du terme : politique de la santé…) dont il est question ici.

En effet, plutôt que d’opter pour ces possibilités, nous nous acheminons vers l’existence d’un gros hôpital départemental (au détriment donc des petits CMC de proximité), relayé par un " réseau  socio- psychologico-médical" local, incluant les CPP, le développement de l’hospitalisation à domicile (HAD) et ce afin de " développer la prévention, et ainsi de réduire la vulnérabilité des patientes en " anticipant " leurs problèmes éventuels " comme le dit Mme Lapalisse.

Nous nous insurgeons à nouveau, belle idée que cette mise en réseau, mais elle n’évitera pas les risques et les urgences liés aux aléas de la naissance (pour ne pas parler des accidents en général !).

De plus nous soulignons l’aspect non-comptable lié aux relations humaines des petits centres où le personnel a le temps d’entourer la patiente et sa famille, où le lien familial est facilité, au contraire des grosses maternités où le personnel est à flux tendu et n’a pas la possibilité d’être aussi présent auprès des femmes et de leur enfant.

L’importance de cette qualité de l’accueil professionnel et humain lié à la taille et à la proximité de la maternité ne semble pas toucher les administratives qui sont en face de nous! Nous leur faisons d'ailleurs remarquer qu'elles sont administratives et que nous sommes nous des gens de terrain. Là est notre différence d'appréciation de ce que notre système de santé doit réellement offrir à la population. Nous leur déclarons aussi que nous sommes très inquiets de voir régresser notre système de santé et que nous déplorons que les raisonnements actuels des instances sanitaires ne prennent en compte que le court terme au détriment du long terme. Que laisserons-nous à nos enfants…

Dans leurs décisions (qui, au passage, semblent d’ores et déjà finalisées : pourquoi consulter les élus et les professionnels de la santé dans ce cas, par le biais des conférences sanitaires de secteur actuellement en cours dans chaque département ?…). La DDASS et l’ARH font donc délibérément le choix de laisser des urgences obstétricales et chirurgicales sur le bord de la route, avec des dangers évidents pour la vie de la population…

Le rendez-vous se clos par une intervention de Mme Laffont qui, en tant que directrice de la DDASS, aura de toute façon le dernier mot, comme nous le soulignons avant de nous séparer…

En conclusion, la balle est clairement dans le camp des élus et de la population pour exprimer leur désaccord avec ce SROSS et s’opposer à sa mise en oeuvre.

 

 

 

Agathe Roy