Face à la désertification médicale

 

 

Peut-être certains Douarnenistes auront-ils été surpris de devoir être confrontés dans les années à venir au problème du manque de médecins généralistes, alors qu’ils se croyaient à l’abri d’une telle situation. Le Comité des usagers de l’Hôpital de Douarnenez estime cependant que ce problème se pose à Douarnenez comme dans d’autres régions.

         Ce problème est dû en partie au numerus clausus qui a restreint le nombre de médecins formés  et qui entraîne aujourd’hui un manque de praticiens, au moment du départ à la retraite de nombreux médecins généralistes, alors que le vieillissement de la population  entraîne une augmentation de la demande de soins. Le problème ne se pose cependant pas avec la même acuité dans toutes les régions et le Finistère possède un nombre de médecins relativement élevé. Le problème résulte aussi de l’augmentation plus rapide du nombre de spécialistes  par rapport aux généralistes (même si la médecine générale est maintenant devenue une spécialité). La part des femmes dans la démographie médicale a fortement augmenté ; elles exercent différemment des hommes. Enfin, les jeunes médecins ne veulent plus travailler comme avant, et cela est légitime.

         Pour nous, la solution n’est pas de créer de nouveaux cabinets médicaux collectifs ; ils existent déjà et les médecins travaillent déjà en équipe. Les maisons médicales, telles que prévues dans le projet de loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires », consistent à mettre les médecins ensemble, afin, entre autres, d’assurer la permanence des soins sur les territoires, en concurrençant ainsi les services des urgences des hôpitaux au lieu de les compléter.

         Le Comité se prononce en faveur de la mise en place de maisons de santé, dont le projet a été débattu avec la participation de médecins généralistes, dans un atelier, lors des récentes Rencontres, à Luçon, de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, dont le Comité de Douarnenez est membre.

         La maison de santé vise à mettre en place une véritable politique de santé, dépassant la stricte politique de soins. On y soigne toutes les maladies chroniques et évolutives ;  on n’y fait pas que du curatif, on y développe aussi la prévention ; on y travaille en complémentarité avec un ensemble de professionnels de santé (infirmiers, kinés, diététiciens, etc.) ; on y travaille éventuellement avec des éducateurs et travailleurs sociaux. Le patient y est pris en charge médicalement, mais également socialement si nécessaire. Cela permettrait de prendre en charge les patients fragilisés qui attendent souvent trop tard avant de consulter, quand leur pathologie a déjà beaucoup évolué, ce qui en fait entraîne un coût de prise en charge plus élevé. Tout ceci doit s’articuler en lien étroit avec un hôpital de proximité comprenant tous les services (médecine, chirurgie, obstétrique, urgences, cardiologie…) permettant la prise en charge d’un malade en première intention et nécessaires à la population de la naissance à la mort. La création de ces maisons de santé nous semble un outil efficace pour lutter contre la désertification médicale, pour donner de bonnes conditions de travail aux praticiens, pour lutter contre les inégalités d’accès aux soins, pour adapter l’offre de soins aux besoins de la population locale, pour mettre en place des réseaux de santé, pour permettre à de jeunes médecins de se former en y accueillant des internes.

         En outre il paraît souhaitable de demander aux médecins nouvellement formés d’exercer dans les régions déficitaires, pendant au moins quelques années. Le projet de maisons de santé modifie les fondements de la médecine libérale telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée. Est-ce que les médecins sont aujourd’hui prêts à travailler dans un tel cadre ?

 

Pour le Comité des usagers de l’hôpital de Douarnenez,

Jean Le Goff, président,

Yves Jardin, secrétaire.