La ville de Decize entre en conflit avec son centre hospitalier

Le 2 février 2010, la commune de Decize (6.000 habitants) a déposé, auprès du tribunal administratif de Dijon, un dossier de référé-suspension, alors que son centre hospitalier a annoncé la fermeture de la maternité où, en 2008, sont nés 338 bébés.

Notre dossier s’appuie sur un abus de pouvoir de la part du directeur de l’établissement, précise Alain Lassus, le maire de Decize. Car la décision a été prise contre l’avis du conseil d’administration. Mais, surtout, elle constitue une mise en danger pour les femmes, en les plaçant à plus d’une heure de la première maternité

Ce n’est d’ailleurs pas anodin : l’Agence régionale de l’hospitalisation, qui avait pourtant fermé la maternité de Clamecy il y a deux ans de cela, recherche une solution, aux côtés des élus, pour dénouer une situation inédite dans la Nièvre.

Le tissu des généralistes menacé

Car le directeur de l’établissement justifie cette décision par le départ en retraite, imminent, de Patrick Scherrer qui, il y a 32 ans, avait créé le service (où il est assisté d’un seul médecin). Il se trouverait dans l’incapacité de trouver un candidat à sa succession.

Un argument que fustige le maire. J’ai travaillé avec un cabinet de consulting pour trouver des candidats, dit-il. Nous avons identifié cinq profils intéressants, des médecins prêts à venir, dont l’ARH a vérifié les dossiers, avant de les transmettre au centre hospitalier, précisément le 10 février. Dès lundi 15, ils sont prêts à prendre leurs fonctions

La situation frôle l’urgence : le CH a en effet annoncé suspendre les accouchements à compter du 20 février. Mais déjà, depuis le 3 février, l’activité chirurgicale gynécologique a été suspendue, provoquant la colère, dans ce département rural, où 3.000 personnes sont venues manifester le 30 janvier dernier dans les rues de Decize.

Médecin, aujourd’hui à la retraite, Alain Lassus relève des enjeux qui dépassent la seule maternité. À Decize, la moyenne d’âge des généralistes s’élève à 61 ans, dit-il. En détruisant les services de proximité, nous réduisons nos chances d’attirer de jeunes médecins.

Personne ne s’en rend compte mais c’est bien tout le tissu sanitaire qui est fragilisé, voire voué à la destruction.  Le bassin fait partie des plus fragiles, en Bourgogne, où les médecins généralistes ont déjà pourtant déjà une moyenne d’âge relativement élevée (51 ans).

Dans les 15 ans, plus de la moitié d’entre eux seront partis à la retraite, et il y a fort à parier que la relève élira en priorité les pôles les plus attractifs.